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Survivre à la violence - 26 novembre au 2 décembre

Entretien - Thirza Cuthand

Entrevue avec Thirza Cuthand, réalisatrice de Extractions, présenté dans la section Survivre à la violence disponible du 26 novembre au 2 décembre

Votre film est une critique acerbe de l’industrie extractive coloniale canadienne, et de la manière dont nous sommes tous complices. Quelles réactions le film a-t-il déclenchées jusqu’à maintenant?

La plupart du temps, les gens ont réagi très positivement. Cette année, dans le cadre de la Berlinale, j’ai présenté à l’ambassade du Canada à Berlin une trilogie de courts métrages dont ce film fait partie; c’était intéressant d’y observer les réactions des gens. Le film est extrêmement critique du rôle du Canada dans la colonisation extractive, et pourtant les gens à l’ambassade étaient très enthousiastes et très respectueux. Je pense que ça a aussi aidé les gens à me parler avec honnêteté de leur propre complicité dans l’extraction des ressources, et ça a donné lieu à une conversation très féconde.

Il s’agit d’un film très personnel, dans lequel vous abordez également la procédure de prélèvement de vos œufs pour pouvoir avoir un enfant autochtone. Pouvez-vous nous parler de votre travail sur le récit dans ce film?

Oui, la suite c’est que cette année j’ai essayé de fertiliser ces œufs et que ça n’a pas marché. Alors j’explore la possibilité d’adopter. Mais cela m’emmène vers un autre aspect de mon film : comment des enfants ont été retirés à leurs familles autochtones aimantes pour nourrir l’industrie canadienne de la prise en charge des enfants autochtones. Je suis consciente que je cours le risque d’être complice de ce système si je ne fais pas attention. C’est toujours risqué de parler de choses aussi intimes, mais ce genre de révélations personnelles aident aussi le public à se sentir proche de l’œuvre. J’essaye toujours de ne pas être trop didactique, mais de toute évidence, ce court métrage l’est un peu. J’ai compensé en révélant des choses très intimes sur mon désir d’enfant et sur ce que je faisais pour en avoir un.

Dans Extractions, vous créez un dilemme entre garder espoir en l’avenir et faire face à la dure réalité de l’extraction des ressources et de ses conséquences désastreuses. La réalisation de ce film a-t-elle changé votre propre manière d’aborder ce dilemme? Comment vous a-t-elle transformée?

Je m’interroge régulièrement sur mon besoin d’espoir. C’est une critique que l’on entend souvent sur la société en général : vu tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, pourquoi garder espoir? Mais d’un autre côté, je me suis battue contre la dépression presque toute ma vie, et je sais très bien que l’absence totale d’espoir mène à l’apathie et à la perte du désir de vivre. C’est peut-être étrange, mais j’ai envie qu’on puisse vivre encore un autre jour! Je pense que l’espoir nous aide à chercher activement des solutions à nos problèmes. C’est une véritable force au sein des mouvements environnementaux. Sans espoir, nous resterions assis à la maison à ne rien faire. Et personnellement, ce film m’a fait voir que je pouvais au moins utiliser mes talents de réalisatrice pour attirer l’attention sur ces enjeux.

Pouvez-vous nous parler de votre démarche en ce qui a trait à l’enregistrement de la narration et au choix des images? Comment l’un a-t-il influencé l’autre?

J’ai enregistré la narration avant de choisir les images. Principalement, je voulais une sélection d’images de l’industrie extractive, ainsi que des archives du domaine public qui montrent les mines d’uranium et les procédures de prélèvement des œufs. Mais ce qu’on voit de la préparation et de l’injection du traitement de fertilité, ce sont mes propres images. Ça a été long à tourner, car je devais à la fois installer la caméra et me faire l’injection toute seule. Et ça reflétait, en quelque sorte, la difficulté de mes efforts pour avoir un enfant, car je faisais cela toute seule, sans partenaire. D’ailleurs, j’ai remarqué pendant le processus que je commençais à parler de moi en disant «nous» au lieu de «je», même s’il n’y avait que moi. Maintenant que c’est fini, je continue à dire «?nous?» en me disant que je parle de moi et de mes chiens, mais je pense qu’en réalité que je fais référence à une sorte de famille fantôme.

Est-ce que vous travaillez actuellement sur de nouveaux projets que nous devrions guetter?

Je suis en train de finir la postproduction d’un court métrage intitulé kwêskosîw (She Whistles), qui parle d’une femme crie qui prend un taxi et se retrouve dans une situation dangereuse, mais qui est sauvée par ses pouvoirs surnaturels. C’est mon premier film avec toute une équipe et des acteurs, alors ça m’a beaucoup appris. J’en suis très fière et j’ai vraiment hâte de le présenter au début de l’an prochain. À part ça, j’espère terminer le scénario du long métrage Evil Fire, sur lequel le court métrage est basé. Si tout va bien, nous déposerons en production l’an prochain. Le projet a suscité de l’enthousiasme, alors j’espère obtenir le financement pour concrétiser le projet avec succès.

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