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Explorer la nature - 12 au 18 novembre

Entretien - Liliana Colombo

Entrevue avec Liliana Colombo, cinéaste de Icemeltland Park présenté dans la section Explorer la nature disponible du 12 au 18 novembre

Pouvez-vous nous parler de la nature des différentes images que l’on voit dans le film? Comment avez-vous mené votre recherche, votre sélection et votre réutilisation de ces images?

Les images utilisées proviennent de différentes sources sur Internet. J’ai utilisé des vidéos amateurs trouvées sur YouTube, qui montrent principalement des calottes glaciaires qui fondent ou des icebergs qui se détachent, suivis d’applaudissements (ce qui m’a d’ailleurs donné l’idée d’un parc d’attractions). Ça n’a pas été très difficile de trouver ces vidéos puisqu’elles sortent les unes après les autres sur YouTube. J’ai surtout fait un travail de sélection pour garder celles où les réactions des gens étaient les plus extrêmes, et celles qui avaient une bonne résolution.

À partir de ces vidéos, j’ai ensuite cherché du matériel pour essayer de créer ce parc que j’avais en tête. J’ai cherché des images d’inondations à juxtaposer avec celles de la fonte des glaciers. J’ai aussi exploré le site de la NASA pour trouver des images satellites qui documentent les changements de la planète : j’y ai trouvé du matériel parfait pour mon projet, car il permet de chiffrer les transformations de la planète. Tout a ensuite naturellement pris forme au moment du montage, en commençant par les vidéos YouTube et en ajoutant ensuite petit à petit les autres éléments pour créer une expérience passive d’un parc d’attractions, vu depuis les yeux des spectateurs du film.

Comment avez-vous eu l’idée de cette satire de parc d’attractions? De manière générale, pourquoi avoir choisi l’humour noir pour critiquer cet appétit contemporain pour le spectacle?

L’idée m’est venue après avoir regardé une vidéo sur Internet où on voyait des gens applaudir et s’exclamer devant la fonte des glaces au Groenland. Ces images et ces sons m’ont tout de suite fait penser à un parc d’attractions. Après avoir regardé d’autres vidéos, j’ai décidé d’en faire un film, car je trouvais tout ça vraiment perturbant, surtout quand on pense que beaucoup de ces gens organisent leur voyage spécifiquement pour regarder les glaciers fondre et obtenir la photo parfaite. C’est ce que ces images m’ont fait ressentir, alors j’ai voulu créer un film qui transmette cette impression que j’avais ressentie. J’essayais d’en rire, mais bien sûr c’était un rire amer. J’ai voulu reproduire cet humour corrosif dans le film. Cette approche me semblait intéressante pour parler des changements climatiques : je voulais nous amener à réfléchir (et moi la première) au peu d’importance que nous accordons à ce problème. En général, j’ai moi-même un sens de l’humour très noir, et c’est impossible de m’en départir dans mon travail.

Votre approche ressemble à un collage rhétorique et prend la forme d’une provocation intellectuelle, tout en étant très bien documentée. À cet égard, l’écriture du film joue un rôle très important. Quelles ont été vos sources d’inspiration, en termes de cinéma mais peut-être aussi de littérature? Qu’est-ce qui a nourri votre réflexion?

Mon inspiration vient de plusieurs sources, mais pas tant du cinéma ou de la littérature. Pour moi, c’est la culture urbaine qui est une grande source d’inspiration, en particulier la musique urbaine et l’art de rue, et surtout la culture hip-hop dont je suis une grande fan. Ça peut sembler étonnant mais c’est vrai (rires). J’aimerais pouvoir dire que j’ai été inspirée par tel grand philosophe français mais ce n’est vraiment pas le cas. Ce qui m’inspire dans l’art de rue et dans la culture hip-hop, c’est la manière de livrer le message : il n’y a aucun filtre, on se sent proche du message, les artistes n’ont pas peur de s’exprimer avec franchise et sans ménagement. Tout le monde comprend le message, et c’est pourquoi j’aime cet art. J’essaye de m’inspirer de cette manière de créer, ce qui explique aussi que j’aie utilisé du matériel amateur. J’aime le look amateur et l’idée que les vidéos que j’utilise peuvent avoir été filmées par n’importe qui : un ado qui se trouvait là par hasard, ou un médecin qui s’est payé un de ces voyages avec sa famille pour admirer la fonte des glaces. Ça rend le tout beaucoup plus réel à mes yeux. Et le fait que ces vidéos viennent de plusieurs points de vue complètement différents, qu’elles soient tournées par des gens de différentes cultures et de différents milieux, ça rend le film spécial.

La pandémie que nous traversons actuellement est un autre aspect de la crise environnementale dont vous parlez. Est-ce que le film était terminé quand la pandémie a commencé? Pensez-vous continuer à parler d’enjeux environnementaux dans vos futurs projets? D’un point de vue philosophique, comment percevez-vous votre rôle de cinéaste face à une telle crise mondiale?

Le film était déjà terminé quand la pandémie a commencé. J’ai fini les derniers changements en janvier. Et oui, je prévois de continuer à aborder ces enjeux dans mon travail (j’ai déjà commencé un autre projet). Je pense que je vais continuer à livrer mes messages grâce au cinéma, à des films qui imaginent une autre réalité, difficile à envisager au moment présent, alors que le monde est à l’envers. J’aimerais créer des endroits et des espaces qui n’existent peut-être pas, mais qui dévoilent la réalité dans laquelle on vit. C’est une juxtaposition que j’essaye de mettre en place depuis le début de mon projet, Fairee News, qui recycle des images réelles pour créer des situations et des lieux qui n’existent pas.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre projet Fairee News, que vous publiez sur YouTube, et sur son lien avec votre pratique? Pensez-vous continuer à utiliser du matériel trouvé sur Internet?

Le projet Fairee News a commencé en 2018 avec les feux de forêt à Paradise, en Californie. Je m’intéresse au rôle des médias et à la manière dont les différents médias manipulent et livrent le contenu. On nous donne toujours de l’information qu’on ne peut pas vérifier, on doit croire ce que les médias nous disent et espérer que la source soit fiable. Pour ce projet, j’ai imaginé une salle de presse où toutes ces histoires sont fabriquées et livrées au public (à travers YouTube) : je récupère des images des événements que je réutilise, manipule et propose sur ma chaîne YouTube avec mon propre point de vue. C’est avec ce projet que j’ai commencé à travailler sur la création de différentes réalités et de différentes dimensions à l’intérieur de récits réels. C’est un projet sur la durée, et ça constitue une bonne pratique pour moi. En fait, Icemeltland Park était censé faire partie du projet Fairee News, le film était trop long pour être diffusé sur YouTube, alors j’ai décidé d’en faire un film à part entière. Pour le moment, je veux continuer à utiliser du matériel trouvé en ligne, on verra comment ça se passe et où ça me mène.

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