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Trouver ses communautés - 12 au 18 novembre

Entretien - Gabrielle Stemmer

Entrevue avec Gabrielle Stemmer, réalisatrice de Clean With Me (After Dark) présenté dans la section Trouver ses communautés disponible du 12 au 18 novembre

Pour commencer, une question toute simple : comment avez-vous découvert ces chaînes YouTube et cette communauté virtuelle?

Je les ai découvertes il y a des années, par hasard, ou plus précisément, Youtube me les a proposées, pensant que ça me plairait... et ça n'a pas raté.

À quel moment avez-vous envisagé de faire un film à partir de ce matériel? Pouvez-vous nous expliquer un peu votre processus créatif, en matière de visionnement, d'accumulation de matériel, de sélection, de réflexion? Comment avez-vous orienté vos recherches?

Je n'ai pas pensé tout de suite à en faire un film. J'ai regardé ces vidéos pendant longtemps en tant que spectatrice, car pour une raison mystérieuse (que je n'ai toujours pas éclaircie!), regarder d'autres femmes faire le ménage chez elles me relaxait beaucoup (mais je ne suis pas la seule! c'est une des fonctions de ces vidéos). En même temps, ces vidéos m'intriguaient beaucoup, je me demandais toujours : pourquoi font-elles ça? C'est quand j'ai commencé à parler de ces vidéos autour de moi que j'ai pris la mesure de la quantité phénoménale d'informations que j'avais mémorisées, sur ces femmes, sur leurs vies, leurs familles, et sur la curiosité que ces vidéos provoquaient. Et au même moment, je devais trouver le sujet de mon film de fin d'études de la Fémis. Comme j'étais dans la section montage, mon film devait contenir des archives, c'est une consigne pour tous les monteurs. Je me suis dit qu'après tout, ces vidéos étaient des archives, que j'avais beaucoup à en dire, et que j'avais envie de faire quelque chose de ces heures « perdues » à regarder tout ça. Et donc pour répondre à la deuxième partie de la question, j'avais déjà vu énormément de vidéos avant même de commencer mon travail, si bien que je n'ai eu qu'à piocher dans mes souvenirs. Le sujet avait aussi déjà bien mûri, je savais où je voulais aller.

En terme de construction narrative, il y a une progression très intéressante dans le film : à travers le travail sonore, le montage et le cadrage, vous passez du comique et de l'absurde à des sentiments beaucoup plus graves, angoissants et même tristes. Pouvez-vous nous parler de votre approche, des questions que vous vous êtes posées et des choix de mise en scène qui en ont découlé?

Cette progression était au coeur du projet, je voulais que le regard du spectateur sur ces femmes et leurs vidéos passe d'une ironie vaguement moqueuse à une prise de conscience de la souffrance de ces femmes - et des milliers d'autres qu'elles représentent. Et je voulais que tout se passe sur un écran d'ordinateur, et sans voix off. C'était la première fois que je faisais ce genre de film, aussi j'ai un peu tâtonné, particulièrement vis-à-vis de la narration : qui cliquait? J'ai d'abord voulu créer un personnage, une sorte d'alter ego qui n'avait pas mon nom, et qui avait aussi une vie personnelle à l'écran (elle recevait des messages sur facebook, se renseignait sur les vidéos de ménage...). Mais c'était laborieux, et ça faisait presque passer les youtubeuses au second plan. Très vite j'ai préféré rendre ce narrateur-cliqueur le plus neutre possible, et il s'est effacé derrière mon nom. Le film a pris le chemin plus direct d'une sorte de démonstration, d'un point A à un point B.

Êtes-vous entrée en contact avec les femmes qui apparaissent dans votre film? Si oui, comment leur avez-vous présenté le projet et comment ont-elles réagi? Certaines ont-elles vu le film?

Je leur ai toutes demandé l'autorisation d'utiliser leurs vidéos. Dans mes mails, je leur expliquais que je faisais un film sur les vidéos de ménage de youtube et sur les difficultés à être une mère au foyer, sur la solitude, l'angoisse. Certaines ont refusé tout net et n'apparaissent plus dans le film, d'autres ont accepté sans poser plus de questions, et d'autres n'ont jamais répondu. J'ai eu des contacts plus étroits avec Jessica (de la chaîne Keep Calm and Clean), car je savais bien en amont que je voulais qu'elle soit le pivot du film, nous avons échangé plusieurs mails. Je lui ai envoyé le film fini, et après un long temps sans réponse de sa part - et pas mal d'angoisse de mon côté - je l'ai relancé, et elle m'a dit qu'elle trouvait le film super. J'étais soulagée! Pendant toute la confection du film, j'avais très peur de la manière dont il serait reçu, par le public mais aussi par Jessica.

La mouvance du « desktop documentary », les films conçus entièrement à partir d'images trouvées sur internet, a émergé - de fait - ces dernières années. Comment vous êtes-vous intéressée à cette forme et avez-vous des influences particulières dans cette veine, mais aussi ailleurs?

C'est un genre que je ne connaissais pas, jusqu'à ce que je voie un film de Kevin B. Lee, Transformer's : The Premake, au moment où je me demandais comment j'allais faire mon film. Ça a été le déclic. Je l'ai d'ailleurs contacté pour qu'il soit mon tuteur sur ce projet, et nous avons pu échanger à plusieurs reprises par skype pendant l'année. Je n'ai volontairement pas regardé beaucoup d'autres desktop documentaries après ça, car je ne voulais ni être trop influencée ni m'interdire des choses sous prétexte qu'elles avaient déjà été faites. Mais c'est une forme passionnante, qui ouvre beaucoup de potentialité narrative, et qui installe une connivence immédiate avec le spectateur. Sinon, de manière plus générale, je suis touchée par les films qui utilisent des images préexistantes. Je suis très sensible au travail de Jean-Gabriel Périot par exemple, mais aussi à certaines oeuvres d'Arnaud des Pallières, ou encore de Chris Marker. Et puis, derrière Clean With Me (After Dark), il y a la figure de Jeanne Dielman, de Chantal Akerman...qui reste un des films les plus marquants pour moi.

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