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Confronter l'Histoire - 12 au 18 novembre

Entretien - Courtney Stephens & Pacho Velez

Entretien avec Courtney Stephens et Pacho Velez, cinéastes de The American Sector présenté dans la section Confronter l'Histoire, disponible du 12 au 18 novembre.

Le film précédent de Pacho, The Reagan Show, portait également un regard sur l’histoire et en particulier sur les relations entre les États-Unis et l’Union soviétique dans les années 1980. Vous intéressez-vous tous deux à la Guerre froide?

Oui, mais cet intérêt n’est pas juste une recherche. Nous sommes tous deux des enfants des années 1980, et les produits culturels et événements politiques de cette époque ont eu une influence majeure sur notre perception du monde, nos rêves, notre environnement, ce qu’on nous a appris à l’école… tout. Godard appelait la génération 68 «les enfants de Marx et du Coca-Cola». Alors j’imagine que nous, nous sommes les enfants de Reagan et du Coca-Cola (au moins, il y a une sorte de continuité entre ces deux générations?!)

Avez-vous souhaité dès le début limiter votre recherche aux restes du Mur de Berlin qui se trouvent aux États-Unis, ou étiez-vous aussi intéressés par son héritage ailleurs sur la planète?

En faisant The American Sector, les fragments du Mur se sont imposés comme l’équivalent documentaire du MacGuffin de Hitchcock, c’est-à-dire un prétexte pour explorer nos obsessions communes : la mémoire institutionnelle, le paysage, l’héritage de la Guerre froide, etc. Les frontières de l’Amérique nous ont toujours semblé comme un cadre naturel à l’exploration de ces enjeux, bien que nous ayons fait quelques recherches sur des morceaux du Mur situées «derrière» le rideau de fer. Il y en a plusieurs, principalement dans les anciennes républiques soviétiques, que nous aimerions beaucoup visiter, peut-être lors d’un prochain film.

Pourquoi est-ce un bon moment pour confronter cette histoire? Qu’est-ce qu’elle nous dit sur notre monde contemporain? C’est bien sûr difficile de ne pas penser au mur de Trump, mais c’est aussi plus large que ça…

Haha, est-ce vraiment un bon moment pour confronter cette histoire? Les nouvelles n’arrêtent pas de changer. La fin de la Guerre froide a bouleversé les relations de pouvoir dans le monde, mais ses effets sur la mentalité américaine n’ont été que très peu étudiés. Francis Fukuyama a mis fin à ces réflexions en déclarant «la fin de l’histoire», et bien que son épitaphe se soit révélée prématurée, rien ne l’a vraiment remplacée. Nous n’avons pas de cadre de réflexion national pour nous aider à comprendre nos valeurs et ce que nous représentons. Quand nous étions en production, ce qui revenait souvent à l’esprit des gens, c’était le mur de Trump à la frontière américano-mexicaine, et les monuments confédérés. Le film parle de fractures nationales, et aujourd’hui ces fractures nous sautent aux yeux.

Comment avez-vous travaillé la structure du film à partir de tous ces différents fragments et de tous ces récits divers?

Ça a été beaucoup d’essai-erreur?! Au début, on pensait avoir recours à une voix off qui guiderait le spectateur à travers le pays, mais on a vite abandonné cette idée après avoir commencé à tourner et à parler aux gens. Ces discussions prenaient d’ailleurs parfois la forme d’entrevues officielles, mais le plus souvent elles arrivaient spontanément alors que nous étions en train d’enregistrer des sons d’ambiance. Les significations que différents Américains associent au Mur et à sa présence sur notre territoire avaient bien plus de nuances que n’importe quelle narration que nous aurions écrite nous-mêmes. Nous avons donc commencé à concevoir le montage comme un collier de perles : chaque perle enfilée crée du sens de par sa juxtaposition avec d’autres perles. Nous voulions que le sujet de notre film, qui n’est rien d’autre qu’un bloc de béton gris, se développe à partir des voix exprimées par toutes ces personnes.

Pouvez-vous parler de votre choix de tourner en 16 mm? La texture du film semble refléter l’idée d’une empreinte historique, mais je sens aussi parfois une certaine ironie dans vos choix esthétiques.

Tourner en pellicule ajoute une patine à l’image. Cette mise en relief du temps peut être ressentie comme un poids, ou un maniérisme, qui empêche le réalisateur d’exprimer ce qu’il souhaite. Mais dans un film comme The American Sector, le choix du 16 mm est approprié, car il met en valeur l’effet du temps sur le paysage, les institutions et les gens.

Le 16 mm crée aussi un effet de distance. Comme ce n’est plus le médium par défaut, on le remarque immédiatement, ce qui invite à faire une lecture plus consciente de l’image. Je pense que ceci est en lien avec l’ironie dont vous parlez : on documente des attitudes contemporaines avec des technologies démodées.

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