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Explorer la nature - 12 au 18 novembre

Entretien - Alejandro Telémaco Tarraf

Entretien avec Alejandro Telémaco Tarraf, réalisateur de Piedra Sola présenté dans la section Explorer la nature disponible du 12 au 18 novembre

Quel a été le point de départ de Piedra Sola?

Tout a commencé avec le livre Piedra Sola, un recueil de poèmes écrits par le musicien, écrivain et poète argentin Atahualpa Yupanqui, qui a passé une grande partie de sa vie nomade à se promener dans les montagnes d’Argentine. Nous nous sommes surtout inspirés d’un poème sur une pierre (un morceau de la montagne), qui est tombée et a dégringolé jusqu’au milieu d’un paysage désolé, où elle procure un abri et de l’ombre aux bergers qui passent. On a essayé de trouver cette roche symbolique, et elle est devenue à plusieurs égards le cœur du film.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans ces régions reculées situées entre la Bolivie et l’Argentine? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette région et la relation que vous entretenez avec elle?

J’étais attiré par cette région de mon pays parce qu’elle montre un aspect complètement différent de notre culture. C’est une fenêtre ouverte sur différentes perceptions et différentes textures de temporalité. Mon choix d’amener une caméra au sein de ces cultures anciennes et de ces paysages vierges est à la fois politique et philosophique. C’est un endroit qui, au moment où on a filmé, n’avait pas encore été envahi par les signaux Wifi et les gratte-ciel. Un endroit où on peut voir autant le ciel que la terre, et où la membrane entre la nature et l’être humain est très fine.

Le film est basé sur la relation entre la nature et les mythes, et semble également osciller entre le documentaire et la fiction, une composante importante du récit. Pouvez-vous nous parler de votre approche et expliquer comment le film s’est construit?

Dans la cosmogonie andine, la Pacha Mama ne désigne pas seulement la Terre-Mère, mais aussi le temps et l’univers. Il y a trois niveaux : le monde souterrain qui appartient au serpent, le monde terrestre qui est le territoire de l’humain et du puma, et le monde supérieur qui appartient au condor et aux forces supérieures. Le passé est perçu comme étant devant nous, et le futur derrière, parce que le passé est ce que l’on peut voir avec nos yeux, tandis que le futur est inconnu et donc impossible à voir. Dans les feuilles de la plante de coca se trouve une écriture sacrée sur l’univers dans son entier.

Cette union inséparable entre l’humain et la nature, le mythe et la réalité, a constitué la base du film, tant dans le jeu entre documentaire et fiction, que dans la structure du montage.

Pour bien rendre compte des croyances entretenues dans ces régions isolées et quasiment oubliées du monde, il était essentiel de travailler avec les personnes qui y vivent, dans leur environnement réel. Il fallait se pencher sur les problèmes auxquels ces gens font face, et sur la manière dont leur habitat et leur culture ancestrale sont affectés par le monde contemporain. Enfin, il fallait traduire cela en un message universel sur nos relations à la nature et sur le mystère de la vie. C’est cet archétype qui a inspiré les éléments fictionnels : je pense qu’il faut avoir recours à la fiction pour rendre les choses plus réelles, de même qu’un rêve peut souvent en dire plus long sur la réalité que la réalité elle-même.

Comment avez-vous rencontré les protagonistes que vous filmez, et comment s’est passée votre collaboration créative? Comment leur mode de vie et leur culture ont-ils influencé le film, et vous ont vous-même changé?

Nous avons trouvé nos personnages après un an de recherche le long des anciennes routes des bergers, qui aujourd’hui n’existent plus à cause des mines de lithium dans la région. Pour le repérage, nous filmions en analogique, et nous avons beaucoup marché à travers les montagnes et les villages, où nous frappions à la porte des gens pour les rencontrer. Un jour, finalement, nous avons frappé à la porte de Ricardo Fidel (le principal protagoniste), et ça a tout de suite été évident que nous avions trouvé notre personnage. Ce qui est intéressant, c’est que Ricardo a aussi laissé entendre qu’il avait attendu notre venue. Dès le début, il y a eu une forte connexion entre nous.

Tout au long de la production, j’ai travaillé de très près avec Ricardo, afin que son personnage fictionnel soit proche de qui il est vraiment dans la réalité. Il avait une excellente compréhension de l’histoire que je souhaitais raconter. Nous avons vécu près d’un an avec sa famille, ce qui nous a permis de nous familiariser pas juste avec leur vie quotidienne, mais aussi avec leurs rituels ancestraux et leurs coutumes saisonnières. Cette vie commune a également créé beaucoup de confiance et d’amitié entre nous, et bien que nous venions de mondes complètement différents, nous sommes vraiment devenus une famille, et avons découvert petit à petit qu’après tout, nous n’étions pas si différents. Sans cette connexion profonde, le film n’aurait pas pu se faire.

Tourné en Cinémascope et enrichi par une bande sonore formidable, votre film est très beau et immersif. Pouvez-vous nous parler du tournage et de vos choix formels et esthétiques?

Le Cinémascope permet un portrait plus vaste du paysage, ce qui était très important pour nous puisque la nature est l’un des personnages principaux du film. Le son provient entièrement de l’environnement réel, et nous avons d’ailleurs fait un voyage juste pour enregistrer des sons. À notre époque de saturation sensorielle, je trouve que la texture brute du paysage et du son nous aide à nous connecter à une caractéristique similaire que nous portons en nous. Je voulais que le film réveille en chacun de nous cette qualité presque oubliée de la nature humaine.

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